mercredi 30 avril 2008

26. I AM:"Le soldat".


Le groupe I am



Avec ce titre tiré de l'album "Ombre et lumière", le célèbre groupe de rap marseillais I am décrit le sinistre quotidien du soldat en tant de guerre:


- la peur de mourir ("j'avais si peur de mourir, d'être blessé et pourir.");

- la brutalisation des esprits;

- les armes sans cesse plus meurtrières qui sèment la mort; une mort anonyme comme celle donné à l'adversaire que l'on ne voit pas ("Connaître leurs visages?Ne t'en soucie pas");

- l'absurdité des combats

http://www.vaucanson.org/hist_geo/accueil/images/stories/rivaud/massacre_oradour_sur_glane.jpg

Les ruines d'Oradour sur Glane, après le passage de la 2e division SS Das Reich, le 10 juin 1944. On dénombrera 642 morts (femmes et enfants furent brulés dans l'église du village, les hommes fusillés dans des granges).

I am adopte ici le point de vue du soldat qui narre ce qu'il voit autour de lui, ce qui confère plus de force au témoignage. Il est ici impossible d'identifier un conflit en particulier, mais les scènes décrites sont en tout cas communes à la plupart des guerres, notamment les massacres de civils (quelques exemples célèbres: les milliers de villages russes et leurs habitants rayés de la carte lors de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne nazie en 1941; le massacre d'Oradour sur Glane en Limousin le 10 juin 1944 par une division SS; le bombardement du village tunisien de Sakiet par l'aviation française le 8 février 1958 en pleine guerre d'Algérie, la tuerie de My Lai perpétrée par des soldats américains le 16 mars 1968, au cours de la guerre du Vietnam ....)

10H37, les opérations commencent
ma compagnie est fin prête et les missiles s'élancent.
Sur la colline d'en face les canons crachent des feux de l'enfer.
Obéissant aux galons,
combien d'amis sont partis, combien d'amis restent enfermés dans
un asile. Opérationnel sur le terrain. Peste soit avec leurs sourires qui
me tuent tous les jours.Les hélicos me rendent fous, les hommes courent
afin de fuir la mort qui fauchent les corps, elle coche.La vie est impôt vers
la fin est moche c'est une quinte floche.Même dans mes pires cauchemards
ce n'était pas si sordide: un fratricide légitime impuni.Ce n'est qu'un
jeu macabre dans un champ de plaques de marbre où les plus fiers se
retirent pour aller mourir sous un arbre. Les horreurs du combat en tout
cas m'ont vite appris la raison pour laquelle ceux qui sont morts sourient.
Les obus pleuvent autour coupant les arbres à chaque impact, clac,
seulement pour mutiler. Est-ce bien utile? Et futile est mon rôle: dans
la mêlée, la clameur comme mille balles me frôlent.(En)Fait non:c'est pour
de bon le front.Nos officiers tuent de sang froid ceux qui de nous se cachent
et courent à reculons.

Connaître leurs visages?Ne t'en soucie pas,
c'est une simple histoire de soldat
c'est une simple histoire de soldat

10H50, les combats font rage, l'orée du bois est couleur pourpre
et jonchée de cadavres. Quand je pense à la nuit dernière sans
étoiles où les balles traçantes tissaient leur toile léthale...j'avais
si peur de mourir, d'être blessé et pourir.La peur me tétanise
et j'ai trop de mal à me nourrir.Ceux d'en face ont peut-être le
même âge que moi. Ils ont une mère qui sera inconsolable s'ils
n'en reviennent pas et qui sait, ils auraient pu être mes amis?
Chaque fois que j'en vois un sans vie, je vomis...C'est fou ce
qu'on peut penser quand on est sûr d'y passer.Chassé-croisé
dans un fossé creusé tout prêt à enterrer.Regarde autour:
l'Horreur est l'invitée aujourd'hui, assistée dans son oeuvre noire
de Dame Folie.

Connaître mon visage?Ne t'en soucie pas,
c'est une simple histoire de soldat
c'est une simple histoire de soldat

11H50, tout en haut de la colline, je n'arrive pas à croire que
l'ascension fut si facile. La résistance adverse fut faible. Notre
colonel se vante d'avoir fondu comme un aigle sur l'objectif
qu'on nous ordonne d'inspecter et de bien être attentif afin
de prendre des prisonniers.Quand j'arrive sur les lieux, tout
n'est que cendre et poussière, les gradés félicitent et sont
tout fiers. Les bâtisses ne présentent aucun aspect hostile...
Mon Dieu! On a massacré des civils! Je cours au milieu des
corps des familles décimés:des tas de gens paisibles que la guerre
a tué. Nos généraux, nos colonels en ont pas perdu le sourire. A
croire qu'ils le savaient. Mon âme me dis"Tire dans le tas"
Tous ces meurtres pour une raison unique: prendre la colline, un
endroit stratégique. Le drame est intèrieur. Depuis ce jour là
j'attends. J'ai perdu mon humanité ce beau matin de printemps.

En vérité je n'ai jamais su pourquoi je me bats
c'est une simple histoire de soldat




Le massacre de My Lai

Enfin, petite énigme, reconnaîtrez-vous l'échantillon sonore utilisé par I AM sur ce titre? Petit indice, ce sample est emprunté à un très grand jazzman, souvent en colère...

Si vous avez la réponse, donnez la commentaire.

Voici la réponse à l'énigme. Il s'agissait d'un titre de Charles Mingus "Moanin'" (voir titre n° 19 de l'histgeobox).



25. Alfredo Zitarrosa:"Adagio a mi pais".


Alfredo Zitarrosa.


De 1903 à 1920, l'Uruguay connaît la prospérité sous la présidence de José Batlle y Ordóñez, à tel point qu'on considèrealors le pays comme la « Suisse de l'Amérique ». Ici comme ailleurs, la crise de 1929 met un terme à cette croissance économique.

Les années 1950 se caractérisent par une reprise sensible des activités économiques, mais à partir de 1959, le pays est de nouveau frappé de plein fouet par une crise économique et sociale, puis politique, qui débouche finalement le 27 juin 1973 sur un coup d'État et une dictature militaire avec Juan María Bordaberry.



La transition démocratique s'opère dans la première moitié des années 1980. Désormais, l'Uruguay fait partie du Mercosur et tente de tirer son épingle du jeu dans le cadre de la mondialisation actuelle. Les inégalités sociales y restent en tout cas accusées.

Zitarrosa chante ici un titre poignant, dans lequel il rend un hommage émouvant à l'Uruguay et son peuple. A l'instar de nombreux musiciens du cône sud des années 1970(Victor Jara, Violeta Parra au Chili, Yupanqui en Argentine), Zitarrosa s'intéresse surtout aux laissés-pour-compte (ouvriers, petits paysans, indiens...). L'engagement à gauche de ces musiciens leur vaut souvent l'ostracisme et l'exil (voire l'assassinat dans le cas de Jara) pendant les années de dictature. Les chansons de Zitarrosa ont été interdites en Argentine, au Chili et en Uruguay au cours des régimes dictatoriaux qui ont régné sur ces pays.

Aujourd'hui encore, il est considéré en Uruguay comme LE chanteur national, celui qui incarne l'âme et l'identité de son peuple.


ADAGIO EN MI PAÍS
de Alfredo Zitarrosa (1972-1973)

Dans mon pays, quelle tristesse,
la pauvreté et la rancoeur.
Mon père dit qu'une époque nouvelle
arrivera un beau jour
et il me dit qu'il rêve
que le soleil brillera
sur un peuple labourant sa terre fertile.
Mon pays quelle tristesse,
la pauvreté et la rancoeur.

En mi país, que tristeza,
la pobreza y el rencor.
Dice mi padre que ya llegará
desde el fondo del tiempo otro tiempo
y me dice que el sol brillará
sobre un pueblo que él sueña
labrando su verde solar.
En mi país que tristeza,
la pobreza y el rencor.


Terre nourricière,
tu n'as pas demandé la guerre, je le sais.
Mon père dit qu'un seul traître
peut vaincre mille courageux;
il sent que le peuple dans son immense douleur
refuse de boire dans l'eau claire de la fontaine de l'honneur.
Terre nourricière,
tu n'as pas demandé la guerre, je le sais.

Tú no pediste la guerra,
madre tierra, yo lo sé.
Dice mi padre que un solo traidor
puede con mil valientes;
él siente que el pueblo, en su inmenso dolor,
hoy se niega a beber en la fuente
clara del honor.
Tú no pediste la guerra,
madre tierra, yo lo sé.


Dans mon pays nous sommes durs,
l'avenir le dira.
Mon peuple chante la paix.
Derrière chaque porte
mon peuple est en alerte;
personne ne pourra
étouffer son chant
demain il chantera encore.
Dans mon pays nous sommes durs,
l'avenir le dira.

En mi país somos duros:
el futuro lo dirá.
Canta mi pueblo una canción de paz.
Detrás de cada puerta
está alerta mi pueblo;
y ya nadie podrá
silenciar su canción
y mañana también cantará.
En mi país somos duros:
el futuro lo dirá.


Dans mon pays, quelle tiédeur,
quand le soleil se lève.
Mon peuple dit qu'il peut lire dans sa main d'ouvrier le destin
et ni les devins ni les rois
ne pourront tracer le chemin qu'il va parcourir.
Dans mon pays, quelle tiédeur,
quand le soleil se lève.

En mi país, que tibieza,
cuando empieza a amanecer.
Dice mi pueblo que puede leer
en su mano de obrero el destino
y que no hay adivino ni rey
que le pueda marcar el camino
que va a recorrer.
En mi país, que tibieza,
cuando empieza a amanecer.


Dans mon pays nous sommes: des milliers
de larmes et de fusils,
un poing et un chant vibrant,
une flamme ardente, un géant
qui crie: en avant, en avant.

CORO:
En mi país somos miles y miles
de lágrimas y de fusiles,
un puño y un canto vibrante,
una llama encendida, un gigante
que grita: ¡Adelante... Adelante!


Liens:
- La bio de Zitarrosa sur Wikipédia.
- L'Uruguay aujourd'hui.

Chapitres de géo: - autres logiques d'organisation de l'espace mondial
- unité et diversité des sud

dimanche 27 avril 2008

24. Nina Simone: "Mississippi goddam".


Manifestation en hommage aux quatre jeunes victimes tuées dans l'attentat du 15 septembre 1963.


En mars-avril 1963 débute la campagne de Birmingham en faveur des droits civiques. Les manifestants agressés violemment par des chiens dressés, les arrestations massives d'enfants et d'adolescents par des forces de police aux ordres de l'impitoyable Bull O' Connors font rapidement le tour du monde et choque profondémént l'opinion publique américaine. Le gouvernment fédéral se doit de réagir.

Le 11 juin 1963, lors d'une conférence de presse télévisée, le président J.F. Kennedy annonce que "le temps est désormais venu pour cette nation de rempli ses promesses. Les événements de Birmingham et d'ailleurs ont augmenté les cris en faveur de l'égalité, si bien qu'aucune ville, aucun Etat, aucun corps législatif ne peut choisir prudemment de les ignorer..." Il annonce ainsi la loi sur les doits civiques en gestation (que portera son vice-président Johnson).


Le 11 juin 1963, l’activiste du mouvement des droits civiques Medgar Evers est assassiné à Jackson (Mississippi). Il s'était vu refuser l'entrée à l'université du Mississippi, aussi tout au long de l'année 1962, il soutient la cause de James Meredith (voir article sur Bob Dylan:"Oxford town"), ce qui l'expose rapidement à la vindicte des ségrégationnistes.

Le 12 juin 1963, Evers est abbatu alors qu'il gare sa voiture L'assassin, Byron de La Beckwith, est un tenant de la suprématie blanche, hostile aux transformations qui affectent la société sudiste. Acquitté à deux reprises par des jurys locaux composés de blancs favorable au maintien de la ségrégation, il faut attendre 1994 et le dépaysement du procès (loin du Mississippi) pour voir de La Beckwith condamné (à la perpétuité).

Le dimanche 15 septembre 1963, une bombe explose dans l’église baptiste de la 16ème rue à Birmingham (Alabama), tuant quatre écolières noires (pour en savoir plus sur les événements de Birmingham, voir l'article consacré au Alabama de John Coltrane).

L'assassinat d'Evers et cette tuerie aveugle marque profondément Nina Simone et lui inspire un de ses titres les plus forts : « Mississippi Goddam ».

Les quatre victimes de l'attentat de Birmingham.

La grande chanteuse Nina Simone possède une voix d'exception qui lui permet de tout chanter. Il est d'ailleurs impossible de la cantonner dans un genre musical. D'abord plutôt timorée à l'endroit de la lutte pour les droits civiques, elle s'implique de plus en plus dans ce combat comme l'attestent ses nombreux titres engagés ou en tout cas concernés (Mississippi goddam, Young gifted and black, Four women...). Bientôt, elle infléchit sensiblement ses positions. Si elle apprécie le dr King, elle trouve sa démarche naïve, inefficace, trop lente tout au moins.


Ses préférences vont bientôt à des discours plus radicaux, ceux de Stokely Carmichael, héraut du Black Power, ou encore Malcom X. Elle déclare que son "programme d'autonomie et d'autodéfense semblait répondre à ma méfiance envers l'Amérique des Blancs".
Elle s'exile bientôt en Afrique, ne supportant plus le racisme du sud des EU qu'elle prend l'habitude de nommer "United Snakes of Amerikkka" (en référence au Ku Klux Klan).

Avec cette chanson et l'obsédante phrase "allez-y doucement", Nina Simone marque sa volonté d’en finir avec les atermoiements qui repoussent toujours au lendemain la fin véritable de la ségrégation et des violences racistes.

Mississippi Goddam
(1963) Nina Simone


The name of this tune is Mississippi goddam
And I mean every word of it


Le nom de cet air est Mississippi Goddam
Et j’en pense chaque mot


Alabama's gotten me so upset
Tennessee made me lose my rest
And everybody knows about Mississippi Goddam

L'Alabama m'obsède
Le Tennessee m’a fait perdre mon calme
Et tout le monde sait ce qui se passe dans ce satané Mississippi

Can't you see it
Can't you feel it
It's all in the air
I can't stand the pressure much longer
Somebody say a prayer


Ne le voyez-vous pas
Ne le sentez vous pas
C’est là, tout autour de nous
Je ne peux supporter cette pression plus longtemps
Que quelqu'un dise une prière


Alabama's gotten me so upset
Tennessee made me lose my rest
And everybody knows about Mississippi Goddam

L'Alabama m'obsède
Le Tennessee m’a fait perdre mon calme
Et tout le monde sait ce qui se passe dans ce satané Mississippi

This is a show tune
But the show hasn't been written for it, yet

C'est une pièce à jouer
Mais la comédie n'a pas encore été écrite.


Hound dogs on my trail
School children sitting in jail
Black cat cross my path
I think every day's gonna be my last

Des chiens de chasse sur ma trace
Des enfants en prison
Un chat noir a croisé mon chemin
Je pense que chaque jour qui passe va être mon dernier


Lord have mercy on this land of mine
We all gonna get it in due time
I don't belong here
I don't belong there
I've even stopped believing in prayer

Seigneur ait pitié de cette terre qui est la mienne
Nous l'a rejoindrons tous quand sonnera l'heure
Je ne suis pas d’ici
Je ne suis pas de là
Je ne crois plus à cette prière


Don't tell me
I tell you
Me and my people just about due
I've been there so I know
They keep on saying "Go slow!"

Ne me dites pas
Moi et mon peuple nous sommes au courant
J'étais là donc je sais
Vous continuez à dire "allez-y doucement"!

But that's just the trouble
"do it slow"
Washing the windows
"do it slow"
Picking the cotton
"do it slow"
You're just plain rotten
"do it slow"
You're too damn lazy
"do it slow"
The thinking's crazy
"do it slow"
Where am I going
What am I doing
I don't know
I don't know

Mais c'est bien ça l’ennui
" allez-y doucement"
Lave les carreaux
" allez-y doucement "
Cueille le coton
" allez-y doucement "
Vous êtes des pourritures
" allez-y doucement "
Vous êtes trop paresseux
" allez-y doucement "
Ces pensées sont folles
" allez-y doucement "
Où vais-je aller ?
Que fais-je faire?
Je ne sais pas
Je ne sais pas


Just try to do your very best
Stand up be counted with all the rest
For everybody knows about Mississippi Goddam

Essaie juste de faire de ton mieux
Redresse la tête et fais toi une place
Parce que tout le monde sait ce qui se passe dans ce satané Mississippi


I made you thought I was kiddin' didn't we

Je parie que tu croyais que je plaisantais. N’est-ce pas ?

Picket lines
School boy cots
They try to say it's a communist plot
All I want is equality
for my sister my brother my people and me

Des piquets de grève
Des lits de camp d’enfants
Ils veulent faire croire à une conspiration communiste
Tout ce que je veux c’est l’égalité
Pour ma sœur mon frère mon peuple et moi


Yes you lied to me all these years
You told me to wash and clean my ears
And talk real fine just like a lady
And you'd stop calling me Sister Sadie

Oui vous m’avez menti toutes ces années
Vous m'avez dit de me laver et de me nettoyer les oreilles
Et de parler de manière distinguée, comme une dame
Et vous cesseriez de m'appeler sister sadie


Oh but this whole country is full of lies
You're all gonna die and die like flies
I don't trust you any more
You keep on saying "Go slow!"
"Go slow!"

Oh mais le pays entier est plein de mensonges
Vous allez tous mourir et tomber comme des mouches
Je ne vous fais plus confiance
Vous continuez de dire "allez-y doucement!"
"allez-y doucement!"

But that's just the trouble
"do it slow"
Desegregation
"do it slow"
Mass participation
"do it slow"
Reunification
"do it slow"
Do things gradually
"do it slow"
But bring more tragedy
"do it slow"
Why don't you see it
Why don't you feel it
I don't know
I don't know

Mais c'est bien ça l’ennui
" allez-y doucement"
Déségrégation
" allez-y doucement"
Participation de masse
" allez-y doucement"
Réunification
" allez-y doucement"
Faites les choses graduellement
" allez-y doucement"
Mais ça apporte plus de drame
" allez-y doucement"
Pourquoi ne le voyez-vous pas
Pourquoi ne le sentez-vous pas
Je ne sais pas
Je ne sais pas


You don't have to live next to me
Just give me my equality
Everybody knows about Mississippi
Everybody knows about Alabama
Everybody knows about Mississippi Goddam

Vous n’avez pas à vivre à côté de moi
Accordez-moi simplement l'égalité
Tout le monde sait ce qui se passe dans le Mississippi
Tout le monde sait ce qui se passe en Alabama
Tout le monde sait ce qui ce passe dans ce satané Mississippi

That's it!


C'est fini!

23. John Coltrane:"Alabama".

John Coltrane (et Alice Coltrane en arrière plan).


John William Coltrane était un célèbre saxophoniste de jazz, compositeur et chef de formation américain, ( 1926-1967). Il fut, après Charlie Parker dans les années 1940 et 1950, considéré comme le saxophoniste le plus révolutionnaire et le plus influent en jazz, meneur du courant avant-gardiste dans les années 1960 (cf:wikipédia).

Il envisageait sa musique comme une quête spirituelle. Sur le plan technique, il explore de nouvelles sonorités, de nouveaux timbres. Ses compositions s'étirent souvent en de longues improvisations, presque toujours inspirées.


John Coltrane Alabama
envoyé par soulpatrol. - Regardez plus de clips, en HD !


Sa quête spirituelle n'empêche pas Coltrane de réagir aux attentats racistes récurrents qui endeuillent les familles noires dans le sud des Etats-Unis. Le 15 septembre 1963, quatre fillettes noires sont tuées dans l'explosion d'une bombe dans l'église baptiste de la 16ème rue de Birmingham. Deux mois plus tard, Coltrane enregistre Alabama en hommage aux fillettes assassinées. Une pièce lente et envoûtante sur laquelle semble planer l'esprit des quatre adolescentes.



Portrait des quatre fillettes tuées dans l'église.

La ville de Birmingham, capitale économique de l'Alabama et la ville la plus peuplée de l'état, intéresse très tôt les mouvements pour les droits civiques, à commencer par la SCLC de Martin Luther King. En effet, cette ville constitue une citadelle de la ségrégation où les relations entre blancs et noirs s'avèrent particulièrement tendues.

Les églises, les maisons des manifestants pour les droits civiques explosent la nuit et la police n'inquiète, ou feind de ne jamais retrouver, les poseurs de bombes qui agissent donc en toute impunité. Cette sinistre spécialité vaut à la ville le surnom de Bombingham.

Tous ces éléments poussent MLK et Fred Shuttlesworth, un pasteur de Birmingham, cible favorite des poseurs de bombes, à mener une opération d'envergure dans la ville. Ce projet C (comme "confrontation") entend mettre à jour la violence de la police locale, en particulier celle de son chef "Bull" O'Connor, adepte de la manière forte face aux manifestations pacifiques et hostile à toute remise en question de la ségrégation dans le Sud des Etats-Unis.

MLK souhaite médiatiser l'opération. C'est une réussite, dans la mesure où les manifestants des droits civiques sont agressés par des chiens dressés pour attaquer, renversés par les jets d'eau à très forte pression qui sortent des lances des pompiers. Enfin près de 3000 manifestants sont arrêtés dont MLK (il rédige en prison sa fameuse "lettre de la prison de Birmingham"). Or, dans le cortège, les enfants et adolescents sont très nombreux, ce qui ne modère en rien la répression policière. Les images d'enfants mordus par les chiens policiers font le tour du monde et oblige Washington à réagir.


Les pompiers utilisent leurs lances à eau (pression de 50 kg par centimètre carré!!!) face au manifestants non-violents.


Les violences de Birmingham se soldent par la mort des quatre fillettes dans l'attentat visant l'église baptiste de la 16ème rue, le 15 septembr 1963. Cet attentat fut perpétré par le Klan, encore vivace en Alabama et ciblait un centre actif du mouvement des droits civiques. La manifestation de protestation face à ces assassinats est, elle aussi, endeuillée par la mort de deux autres adolescents (13 et 16 ans), qui ont le tort de croiser la route de la police de "Bull" O' Connor.




Chapitre d'histoire: le modèle américain (ses limites).

samedi 26 avril 2008

22. Ruben Blades:"Desapariciones".



Caricature de Plantu, trouvée sur son très beau site.







Ruben Blades est un brillant chanteur et compositeur de salsa. Originaire du Panama, Blades multiplie les textes engagés. De passage à New York, il côtoie la diaspora portoricaine de la ville (Nuyorican) et intègre bientôt la mythique maison de disque Fania, sécialisée dans la salsa. Il rencontre alors Ray Barreto et surtout Willie Collon avec lequel il enregistre un des chef-d'oeuvre de la salsa, l'album Metiendo mano (1977). L'album Siembra (1978) démontre que la salsa peut véhiculer un message social à l'image de son titre phare Pedro Navaja.

La chanson desapariciones est tirée de l'album "Buscando América" (1984), dans lequel les thèmes sociaux et politique dominent.

Avec Hector Lavoe, Willie Colon, Ruben Blades est un des principaux représentants de la Salsa consciente, qui se caractérise par des textes riches, poétiques avec un fort contenu revendicatif, social et politique.

Cet engagement le pousse logiquement vers le monde politique. Ainsi, il se présente aux élections présidentielles panaméennes en 1994 et arrive en troisième position. En 2000 il est nommé ambassadeur aux Nations unies et rencontre des étudiants pour dénoncer le racisme.

Que alguien me diga si ha visto a mi esposo,
preguntaba la doña,
se llama Ernesto y tiene cuarenta años,
trabajaba de peón en un negocio de autos,
llevaba camisa oscura y pantalón claro,
salió de noche y no ha regresado
y no se ya qué pensar
pues esto antes no me había pasado.

"Quelqu'un a t'il vu mon mari?"

demandait la dame

il s'appelle Ernesto, il a 40 ans

il travaille dans un garage

il portait une chemise foncée et un pantalon clair

il est sorti dans la nuit et n'est pas rentré

je ne sais pas quoi penser

car cela ne m'était encore jamais arrivé.



Llevo tres días buscando a mi hermana,
se llama Altagracia igual que la abuela,
salió del trabajo para la escuela,
tenía puestos jeans y una camisa blanca,
no ha sido el novio, el tipo está en su casa,
no saben de ella en la policía
ni en el hospital.



Cela fait 3 jours que je cherche ma soeur

elle s'appelle Altagracia comme sa grand mère,

elle a quitté le travail pour aller à l'école,

elle portait un jean et une chemise blanche,

son fiancé n'y est pour rien, il est chez lui,

la police et l'hopital n'ont pas de nouvelles d'elle



Que alguien me diga si ha visto a mi hijo,
es estudiante de medicina,
se llama Agustín y es un buen muchacho,
es a veces terco cuando opina,
lo han detenido, no sé qué fuerza,
pantalón blanco camisa a rayas, pasó ante ayer.


"Quelqu'un a t'il vu mon fils",

il est étudiant en médecine,

il s'appelle Agustin et c'est un bon garçon,

il est parfois têtu quand il est convaincu,

il a été arrêté ar je ne sas quelle force,

(il portait) un pantalon blanc et une chemise à rayures, c'est arrivé hier.


Clara Quiñones se llama mi madre,
ella es un alma de Dios y no se mete con nadie,
se la han llevado de testigo
por un asunto que es nada más conmigo
y yo fui a entregarme hoy por la tarde
y ahora me dicen que no saben quién se la llevó
del cuartel.


Ma mère s'appelle Clara Quiñones,

c'est une sainte femme et elle ne cherche pas les problèmes,

ils l'ont embarquée en tant que témoin

pour ue affaire qui ne concerne que moi

je suis allé me rendre cette après-midi

et maintenant on me dit que personne ne sait qui l'a embarquée.



Anoche escuché varias explosiones,
tiros de escopeta y de revólver,
autos acelerados, frenos, gritos,
ecos de botas en la calle ,
toques de puerta, quejas por dioses, platos rotos,
estaban dando la telenovela,
por eso nadiemiró pa´fuera.
Avestruz.




Hier soir j'ai entendu plusieurs explosions,

des tirs de fusils et de revolver,

des voitures qui accélèrent, qui freinent, des cris,

le bruit des bottes dans la rue,

des gens qui frappent aux portes, des plaintes, des assiettes cassées,

le feuilleton passait à la télé,

personne n'a donc regardé dehors.

Ils faisaient l' autruche.

Ruben Blades


Adónde van los desaparecidos,
busca en el agua y en los matorrales
y por qué es que desaparecen,
porque no todos somos iguales
y cuándo vuelve el desaparecido
cada vez que lo trae el pensamiento,
cómo se llama al desaparecido,
una emoción apretando por dentro.



Où vont les disparus?


cherche dans l'eau et dans les buissons


et pourquoi disparaissent-ils?


Parce que nous ne sommes pas tous égaux


et quand reviennent-ils?


A chaque fois que l'on pense à eux.


et comment les appelle-t-on?


lorsqu'une émotion nous serre le coeur.



Dans ce titre, Ruben Blades décrit avec brio les conditions d'existence épouvantables des populations civiles dans les sociétés latino américaines sous le joug des dictatures militaires qui s'imposent dans la zone au cours des années 190 et 1970.



Le recours aux enlèvements, à la torture y est systématique.

La dictature militaire argentine qui sévit en Argentine de 1976 à 1983, serait ainsi responsable de la mort de 30 000 personnes. Les opposants politiques (syndicalistes, communistes...) et leurs enfants sont traqués, éliminés. Le régime a recours aux enlèvements. Les Mères de la place de Mai manifestent régulièrement pour exiger du pouvoir en place de rendre des comptes concernant les milliers de personnes disparues sous la dictature.


Cette pratique ne se limite malheureusement pas à la seule Argentine. Le Chili de Pinochet (1973 à 1989) et Manuel Contreras, directeur des services secrets chiliens (la Dina), instigateur principal du plan condor se spécialise aussi dans ces disparitions organisées. C'est aussi le cas du Paraguay de Stroessner (1954-1989), de la Bolivie de Banzer (1971-1978).

Chapitre d'histoire: confrontation Est/Ouest (1947-1991).

vendredi 25 avril 2008

21. Altahualpa Yupanqui:"Campesino".


Altahualpa Yupanqui.

Quechua par son père, basque par sa mère, Hector Roberto Chavero adopte vite le nom du dernier empereur inca Altahualpa Yupanqui, afin de marquer son attachement aux civilisations indiennes broyées par les conquistadors espagnols. Sa vocation de poète du peuple s'affirme lors de la longue errance qu'il entreprend à 20 ans à travers l'Argentine. Il y collecte la poésie chantée des civilisations amérindiennes, qui inspireront ses propres créations. Campesino, Punay, Soy Libre, Ya Basta, La del campo, Duerme Negrito...

Yupanqui utilise le folklore argentin (milonga, zamba, vidala) dans ses compositions où l'histoire des hommes est liée à la terre nourricière. Ici, il décrit avec poéie le rude quotidien des paysans, qui travaillent la terre du matin au soir.

La version originale de Yupanqui:



Ci-dessus une très belle reprise de la chanson de Yupanqui interprétée par le groupe Tue Loup.


L'album accoustique de Tue Loup sur lequel se trouve la reprise de Campesino.

Campesino

" Quand tu t'en iras aux champs /
ne t'écarte pas du chemin /
ne marche pas sur le sommeil /
des ancêtres endormis /
Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!

Les uns sont terre menue /
d'autres la racine du froment /
d'autres pierres répandues /
au fil de la rivière /
Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!

si souvent oui si souvent /
bien au delà du semis /
dans la forge des soirées /
ils sont allés atténuer leur rage /
Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!

oh sainte mission de l'homme /
neige soleil renoncement /
mourir à semer la vie /
vivre, bien tremper son cri /
Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!

Quand tu t'en iras aux champs /
ne t'écarte pas du chemin /
ne marche pas sur le sommeil /
des ancêtres endormis /
Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!


CAMPESINO
Canción
(Atahualpa Yupanqui)

Cuando vayas á los campos,
no te apartes del camino,
que puedes pisar el sueño
de los abuelos dormidos.
Campesino, campesino.
¡Por ti canto, Campesino!

Unos, son tierra menuda.
Otras, la raíz del trigo.
Otros son piedras dispersas
en la orillita del río.
Campesino, Campesino.
¡Por ti canto, Campesino!

Cuántas veces, cuántas veces,
más allá del sembradío,
en la fragua de las tardes
fueron á templar sus gritos
Campesino, Campesino.
¡Por ti canto, Campesino!

Sagrado misión del hombre:
nieve, sol y sacrificio.
Morir sembrando la vida.
Vivir, templando su grito.
Campesino, Campesino,
Par ti canto, ¡Campesino!

Cuando vayas á los campos,
no te apartes del camino,
que puedes pisar el sueño
de los abuelos dormidos.
Nunca muertos, ¡sí dormidos ¡
Nunca muertos, ¡si dormidos!

Campesino, Campesino

Chapitre de géo: unité et diversité des sud.

jeudi 24 avril 2008

20. Billy Joel : "Allentown", 1982

A partir de la deuxième moitié des années 1970, l'industrie sidérurgique entre en crise dans beaucoup de pays industrialisés. Aux Etats-Unis, les villes d'Allentown et de Bethleem en Pennsylvanie étaient avec Pittsburgh (siège d'US Steel) au coeur de la Manufacturing belt. La ville de Bethleem a donné son nom à l'un des grands sidérurgistes américains, la Bethleem Steel. Une partie de cet espace se transforme en Rust Belt (rouille, en particulier la Lehigh valley où se trouvent ces deux villes). Les usines ferment et deviennent des friches.





C'est le paysage que décrit le chanteur Billy Joel dans sa chanson Allentown sortie en 1982. La chanson est imprégnée de l'atmosphère sonore des usines. Elle aurait du s'appeler Levittown (sa ville natale sur Long Island près de New York) et devait décrire le désœuvrement des jeunes. Mais il avait peur qu'elle soit trop ennuyeuse. Ayant donné des concerts dans la Lehigh valley avant la crise, il constata la transformation. Il eut l'idée d'appeler la chanson Bethleem mais pensa que le nom avait une consonance trop religieuse, ce fut donc Allentown. Aujourd'hui encore, les habitants de la ville sont partagés sur la "publicité" faite à la ville par cette chanson qui montre les ravages sociaux de la crise économique. Elle décrit l'univers de ces blue collars (cols bleus) qui sont l'un des enjeux de la présidentielle de 2008 et qui votent pluôt en faveur d'Hillary Clinton dont la famille est d'ailleurs originaire de Scranton en Pennsylvanie, non loin d'Allentown.

Découvrez la playlist Billy Joel avec Billy Joel

Voici les paroles (traduction E. A.) :

Well we're living here in Allentown Eh bien nous vivons ici à Allentown
And they're closing all the factories down Et ils ferment toutes les usines
Out in Bethlehem they're killing time Dehors à Bethléem ils tuent le temps
Filling out forms Remplissant des formulaires
Standing in line Debout dans la file d'attente
Well our fathers fought the Second World War Eh bien nos pères ont combattu la Deuxième Guerre mondiale
Spent their weekends on the Jersey Shore Ont passé leur week-end sur la Côte du New Jersey
Met our mothers in the USO Rencontré nos mères à l'USO [organisation faisant le lien entre l'armée et la population]
Asked them to dance Leur ont demandé de danser
Danced with them slow Ont dansé avec elles des slows
And we're living here in Allentown Et nous vivons ici à Allentown

But the restlessness was handed down Mais l'agitation a été transmise
And it's getting very hard to stay Et ça devient très difficile de rester
Well we're waiting here in Allentown Eh bien nous attendons ici à Allentown
For the Pennsylvania we never found La Pennsylvanie que nous n'avons jamais trouvé
For the promises our teachers gave Les promesses que nos enseignants ont donné
If we worked hard Si nous travaillions dur
If we behaved Si nous nous tenions bien
So the graduations hang on the wall Ainsi, les diplômes s'accrochèrent au mur
But they never really helped us at all Mais ils ne nous ont jamais vraiment aidé
No they never taught us what was real Non jamais ils ne nous ont appris ce qui était vrai
Iron and coke Le fer et le coke
And chromium steel L'acier chromé
And we're waiting here in Allentown Et nous attendons ici à Allentown

But they've taken all the coal from the ground Mais ils ont pris tout le charbon du sol
And the union people crawled away Et les gens des syndicat ont fui
Every child had a pretty good shot Chaque enfant avait plutôt une assez bonne chance
To get at least as far as their old man got D'obtenir au moins autant que leur père
But something happened on the way to that place Mais il s'est passé quelque chose sur la voie vers cette situation
They threw an American flag in our face Ils ont jeté un drapeau américain dans notre visage

Well I'm living here in Allentown Eh bien, je vis ici à Allentown
And it's hard to keep a good man down Et il est difficile de garder un homme bon couché
But I won't be getting up today Mais je ne me lèverai pas aujourd'hui

And it's getting very hard to stay Et ça devient très difficile de rester
And we're living here in Allentown Et nous vivons ici à Allentown


Voyez ici le clip de la chanson (en partie censuré lors de sa sortie, à vous de voir pourquoi...), des infos sur la chanson et son histoire, 25 ans après, Billy Joel parle de cette chanson (all in english).
En savoir plus sur la Pennsylvanie et la primaire de 2008.

Post Scriptum (7 mai 2008) Mon collègue d'anglais d'Epinal, Eric, grand fan de Bruce Springsteen, me signale que le "boss" a écrit une chanson sur un thème proche. Elle fait partie de l'album The Ghost of Tom Joad (1995) qui parle de la dépression des années 1930 à partir de l'oeuvre de Steinbeck, Les Raisins de la colère. La chanson Youngstown (à écouter dans la playlist plus haut) parle d'une ville du Nord-Est de l'Ohio (état voisin de la Pennsylvanie, non loin de Pittsburgh), au coeur de cette Manufacturing Belt. Springsteen insiste sur le rôle de l'industrie sidérurgique dans les guerres menées par les Etats-Unis au XIXème et au XXème siècle, notamment le Vietnam. Il fait le même constat amer sur les changements du monde qui ont conduit à la fermeture des usines qui ont apporté la richesse à la ville. Voici les paroles (in english). Merci à Eric pour cette info et pour ces conseils de traduction (Dans la chanson de Billy Joel, ce ne sont pas les gens qui ont fui les syndicats mais bien l'inverse...).

Autre titre de cette année 1982, le célèbre "The Message" de Grandmaster Flash et des Furious Five. Une évocation rap des effets sociaux de la politique de Reagan dans les ghettos des inner cities.
Enfin, si vous aimez Billy Joel, découvrez un article sur sa chanson "We didn't Start The Fire", la chanson idéale pour réviser le baccalauréat !


Chapitres de géo: la mondialisation, les Etats-Unis superpuissance?.

lundi 21 avril 2008

19. Charles Mingus:"Fable of Faubus".


Orval Faubus, le gouverneur de l'Arkansas, farouchement hostile à la déségrégation scolaire dans le sud.

Version mise à jour et approfondie de ce billet en cliquant ici.


En 1954, la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People) remporte une grande victoire devant la Cour suprême, puisque cette dernière déclare que la ségrégation scolaire va à l’encontre de la Constitution (arrêt Brown v. Topeka Board of Education). Décision confirmée par un décret de 1955 de l’administration Eisenhower : « La déségrégation scolaire devait se poursuivre aussi rapidement que possible ». Or, les Etats su sud se protègent derrière leurs lois locales pour empêcher les adolescents noirs d’étudier dans des écoles blanches. Ainsi, le gouverneur de l’Arkansas, Orval Faubus se range du côté des ségrégationnistes afin de faire obstacle à l’intégration dans les écoles de l’Etat.
A Little Rock (Arkansas), quelques jours avant la rentrée des classes, le gouverneur de l'Etat, Orval Faubus fait appel à la garde nationale de l’Arkansas, sous prétexte d’éviter les violences. Cette décision fait grand bruit et contraint le président Eisenhower d’envoyer un détachement du 101ème régiment aéroporté pour assurer la sécurité des neufs élèves noirs concernés.



Le 25 septembre, les neufs élèves entrent dans le lycée. Ils y restent tout le reste de l’année scolaire. Cependant, afin d’éviter la déségrégation, le gouverneur Faubus demande la fermeture des écoles publiques lors d’une Assemblée d’Etat en août 1958 (129000 voix favorable au refus de l’intégration raciale, 7600 contre). De fait, les lycées de Little Rock restent fermés pendant l’année 1958-1959. Il faudra attendre 1970 pour que les écoles de Little Rock soient complètement « intégrées ».

Le contrebassiste de jazz, Charles Mingus, révolté contre toutes les injustices, consacre une de ses œuvres phares au gouverneur de l’Arkansas. Dans son Fables of Faubus, il condamne les mœurs racistes de la société américaine.


L'autobiographie Mingus "Beneath the underdog" ("Moins qu'un chien" en français).

En raison de ses origines très métissées (africaines, suédoises, mexicaines, asiatiques), Charles Mingus est rejeté tant par les blancs (parce que trop foncé) que par les noirs (parce que trop clair). Dans son autobiographie, il évoque ainsi sa couleur de peau qui ne lui vaut que des misères, une véritable "couleur de chiasse" affirme-t-il.

Oh, Lord, don't let 'em shoot us!
Oh, Lord, don't let 'em stab us!
Oh, Lord, don't let 'em tar and feather us!
Oh, Lord, no more swastikas!
Oh, Lord, no more Ku Klux Klan!

Name me someone who's ridiculous, Dannie.
Governor Faubus!
Why is he so sick and ridiculous?
He won't permit integrated schools.

Then he's a fool! Boo! Nazi Fascist supremists!
Boo! Ku Klux Klan (with your Jim Crow plan)

Name me a handful that's ridiculous, Dannie Richmond.
Faubus, Rockefeller, Eisenhower
Why are they so sick and ridiculous?

Two, four, six, eight:
They brainwash and teach you hate.
H-E-L-L-O, Hello.


Les paroles dénoncent la politique du gouverneur Faubus et de ses acolytes Rockfeller et le président Eisenhower. En voici la traduction française :

"Oh Seigneur, ne les laisse pas nous abbattre/
Oh Seigneur, ne les laisse pas nous poignarder/
Oh Seigneur, ne les laisse pas nous rouler dans le goudron et les plumes/
Oh Seigneur, plus de croix gammées!/
Oh Seigneur, plus de Ku Klux Klan!/

- Cite-moi quelqu' un de ridicule?/
-Le Gouverneur Faubus/
- Pourquoi est-il malade et ridicule?/
- Il s' oppose à l' intégration scolaire [des noirs]/
- Alors, c'est un dingue/
A Bas les nazis, les fascistes, ceux qui se croient supérieurs/
A Bas le Ku Klux Klan/

- Cite-m' en quelques-uns qui sont ridicules/
- Faubus, Rockfeller, Eisenhower/
- Pourquoi sont-ils à ce point malades et ridicules?/
- Deux, quatre, six, huit. Ils vous lavent le cerveau et vous enseignent la haine."

Chapitre d'histoire: le modèle américain (ses limites)

18. Keny Arkana:"Victoria".


Emeutes urbaines à Buenos aires pendant la crise économique, en 2002.

Keny Arkana est une jeune rappeuse marseillaise dont le premier album, "entre ciment et belle étoile", a rencontré un beau succès. Après une enfance et adolescence difficiles (elle va de foyer en foyer, dont elle fugue fréquemment), elle intègre bientôt divers collectifs marseillais et commence à écrire des textes engagés.

Dans ce titre, Keny Arkana revient sur la situation de son pays d'origine, l'Argentine. Elle évoque la difficulté à vivre dans un pays pourtant riche et où les inégalités sociales sont immenses ("j'vois bien tout ces petits faire la manche, devant le mépris de ceux qu'on appelle les gens biens"). Lourdement endettée, l'Argentine a subi le traitement de choc classique prôné par l'es institutions financières internationales: privatisations, politique de rigueur budgétaire...


Keny arkana - Victoria


Une crise financière très grave touche le pays en 2001 et a plusieurs raisons: la surévaluation du peso, un taux d'endettement très élevé, la dénationalisation de l'économie argentine (les principales ressources du pays ont été confiées à des Firmes transnationales américaines et européennes comme le montre avec brio le documentaire "mémoire d'un saccage") , le manque de confiance des investisseurs dans l'économie du pays qui retirent leurs capitaux ce qui entraîne par ricochet un chaos bancaire inouïe ("la banque lui avait volé ses économies") et des dévaluations de la monnaie en cascade...

Les conséquences sociales furent désastreuses : au pire de la crise (au milieu de l'année 2002), le taux de pauvreté dépassa 57 %, et le taux de chômage atteignit 23% ("y a des orphelins qui vivent dans les décharges").

La crise accélère le mécontentement social et accroît l'audience du mouvement piquetero. Ils doivent leur nom aux barrages, les "piquetes", qu'ils dressent sur les routes pour protester. Initialement, il s'agissait d'une lutte sociale locale et spontanée, mais face à l'ampleur du marasme économique, les chômeurs multiplient les barrages routiers et se regroupent en association très actives dans tout le pays ("Ils bloquent les routes, pour bloquer l'économie du pays / c'est leur façon de se faire entendre").


Piqueteros en action.

A plusieurs reprise, K.A. fait aussi référence à la dictature militaire qui sévi sur le pays de 1976 à 1983 ("je pense à mes aînées qui ont connu le chant des mitraillettes"). Les puschistes argentins Viola, Videla et Galtieri imposent un pouvoir d’une brutalité inouïe qui provoque la mort de 30 000 personnes. Les opposants politiques (syndicalistes, communistes...) et leurs enfants sont traqués, éliminés. Le régime a recours aux enlèvements. Les Mères de la place de Mai manifestent régulièrement pour exiger du pouvoir en place de rendre des comptes concernant les milliers de personnes disparues sous la dictature ("les mères des disparus chantent toujours contre l'oubli"; "jamais ils ne pourront détruire la lutte des peuples qui ne peuvent oublier leurs disparus").



Moi c'est Victoria, née il y a 14 printemps
Dans un village près de Salta dans lequel je vivais avant
Cela fait maintenant, plus de 10 ans,
Qu'avec papa et maman
Mes frères et mes soeurs
On a quitté nos champs.
On est venu s'entasser dans une de ces cabanes, à l'entrée de la ville
C'est papa qui l'a construite, mais elle n'est pas finie
Je n'ai que des vagues souvenirs du village
Maman pleure quand elle m'en parle car elle n'aime pas la vie ici
Des étrangers ont brûlé nos maisons pour nous voler nos terres
Papa s'énerve moi je comprends pas, il parle d'agro-alimentaire
Il dit que les politiques sont des prédateurs qui sèment la peur
Et qu'ils ont un estomac à la place du coeur
Ici pas de travail, aucune prière ne s'exhauce
Après les cours avec ma soeur on va vendre des bracelets deux pesos
Et malgré tous ces efforts, demeurent ces jours sans repas
La nuit maman pleure, la nuit maman ne dort pas


Refrain :

No llores hija mia (ne pleure pas, ma fille)
Yo, no perdì las esperansas (moi, je n'ai pas perdu l'espoir)
Des los bandidos dictadores (des bandits dictateurs)
Jamàs podràn destruir la lucha de los peublos (jamais ils ne pouront détruire la lutte des peuples)
que no pueden olvidar a sus desaparecidos.(qui ne peuvent pas oublier leurs disparus)


Mon voisin m'a dit pendant la dictature c'était plus dur
Alors j'vais pas me plaindre même si ici y a pas de futur
Moi j'aime bien les études, on m'a dit c'est bien mais inutile
Ici beaucoup ont arrêté avant même de savoir écrire
Dans mon jardin secret, j'cultive le rêve d'être médecin,
Soigner tous ces enfants malades, qui ne mangent pas à leur faim.
J'comprends pas dans la ville j'vois bien tous ces petits faire la manche,
Devant le mépris de ceux qu'on appelle les gens bien.
J'm'interroge, ne voient-ils pas la misère ?
Il nous écrasent pour bénir l'homme venu de l'autre hémisphère.
Papa dit qu'on est traités comme des chiens
Dieu merci j'ai ma famille, plus loin y a des orphelins qui vivent dans les décharges.
Des fois je pleure en cachette,
Mais pas longtemps car j'pense à mes aînées qui ont connu le chant des mitraillettes.
Et puis grand-mère disait toujours, la vie c'est l'espoir,
Si t'en as plus, t'es comme mort, et vivre relève de l'exploit

(Refrain)

Papa est à bout, il a frolé la folie,
Quand un matin il a appris
Que la banque lui avait volé ses économies
Impuissant, tout le monde était affolé
Il était pas le seul, c'est la nation entière qui s'était fait voler.
Depuis ce jour, avec beaucoup de gens de la ville
Ils bloquent les routes, pour bloquer l'économie du pays
C'est leur façon de se faire entendre
Mais moi j'ai peur quand il s'en va, y'en a qui revienne pas, la police est violente,
Ils les appellent Piqueteros
Et les journaux sont des menteurs
Ils disent que c'est des bandits après il y a des gens qui ont peur
Papa dit, ils peuvent tuer des hommes, mais ils ne tueront pas la mémoire
Les mères des disparus chantent toujours contre l'oubli
On vit le fruit d'une démocratie ratée,
Dans un pays si riche tant d'enfants ont dans le ventre qu'une tasse de Mate.
Parce qu'on est dirigés par la mafia du crime,
Moi j'comprends pas et quand j'demande pourquoi
on m'répond toujours « parce qu'on est en Argentine
»

liens:
- un dossier de la Documentation française sur la crise argentine.
- Critique du documentaire de Solanas "Mémoire d'un saccage".
- Beaucoup d'autres articles dans notre dossier sur l'histoire et la géographie du Rap



Chapitre de géo: unité et diversité des sud.

dimanche 20 avril 2008

17 Betty Fikes:"Back of the bus".


Rosa Parks.

Le 1er décembre 1955, une militante de la NAACP, Rosa Parks, est arrêtée à Montgomery (Alabama), parce qu’elle a refusé de laisser sa place à un Blanc dans un bus. Quelques jours plus tard, la grande majorité des citoyens noirs de Montgomery décide de participer au boycott des bus, lancé par le Women’s Political Council et la NAACP.

Le Back of the bus signé par Carver Neblett, magnifié par Harry Belafonte évoque cette ségrégation dans les transports en commun:

«Si tu ne me trouves pas à l’arrière du bus/et que tu ne me trouves nulle part / viens donc à l’avant du bus / c’est bien là que je serai / viens donc à l’avant du bus / c’est là que je voyagerai »

« Si tu ne me trouves pas dans les champs de coton/ si tu me trouves nulle part/ viens donc au bureau de vote/ j’y serai en train de voter. »
Le 13 novembre 1956, la Cour suprême approuve la déségrégation dans les bus de Montgomery. Le boycott prend fin un mois plus tard.



If you miss me at the back of the bus
You can't find me nowhere
Oh come on over to the front of the bus
Because I'll be riding up there
I'll be riding up there, I'll be riding up there
Come on over to the front of the bus
Because I'll be riding up there

[...]

If you miss me in the cotton fields
You can't find me nowhere
Come on over to the boating booth
Because I'll be a boating right there
I'll be boating right there, right there
I'll be boating right there
Well come on over to the voting booth
Because I'll be voting right there

vendredi 18 avril 2008

16. Bob Dylan: "The death of Emmet Till".





Une version approfondie et mise à jour de ce post à lire ici.

Emmett Till, un jeune noir de 14 ans, est lynché en août 1955 pour avoir sifflé alors qu'il croisait une femme blanche. Ces meurtriers, jugés devant un jury complaisant, seront acquittés.
Ce meurtre constitue le sujet du premier protest song de Bob Dylan intitulé The death of Emett Till (1962) :

" Ensuite, ils ont traîné son corps dans un trou, dans une ravine, dans une pluie rouge sang /
Et ils l’ont balancé dans l’eau pour stopper ses hurlements de douleur /
La raison pour laquelle ils l’ont tué là, je suis sûr que c’est des blagues /
C’était juste pour s’amuser et le regarder mourir à petit feu

Alors pour que l'Amérique cesse de demander justice /
Deu frères ont avoué avoir tué le pauvre Emmett Till /
Mais le jury était composé d'hommes qui avaient aidé les deux frères à commettre leur crime affreux /
Ce procès était une farce et personne n'avait l'air de s'en faire

j'ai vu les journaux du matin mais je ne pouvais supporter de voir /
les deux frères souriant descendre les marches du palais de justice /
car le jury les a déclarés innocents et les deux frères ont été libérés /
tandis que le corps d'Emmett Till flotte sur l'écume d'une mer du sud à la Jim Crow. »



Then they rolled his body down a gulf amidst a bloody red rain
And they threw him in the waters wide to cease his screaming pain.
The reason that they killed him there, and I'm sure it ain't no lie,
Was just for the fun of killin' him and to watch him slowly die.

And then to stop the United States of yelling for a trial,
Two brothers they confessed that they had killed poor Emmett Till.
But on the jury there were men who helped the brothers commit this awful crime,
And so this trial was a mockery, but nobody seemed to mind.

I saw the morning papers but I could not bear to see
The smiling brothers walkin' down the courthouse stairs.
For the jury found them innocent and the brothers they went free,
While Emmett's body floats the foam of a Jim Crow southern sea.

Lien:

- L'Express revient sur ce lynchage.

15. Bob Dylan:"Oxford town".


James Meredith escorté par des officiers fédéraux afin de pouvoir s’inscrire à l’université du Mississippi.

Une version mise à jour et très approfondie de cet article est à lire ici.

Le Mississippi reste un des états les plus opposés à la déségrégation. La loi fédérale n'y est pas appliquée et universités restent la plupart du temps réservées aux blancs. C'est le cas de l'université d'Oxford.

Or, cette politique ségrégationniste est remise en cause par le jeune James Meredith, lorsqu’il demande à être admis à l’université en 1961. Après un refus de l’administration, la Cour suprême donne raison à Meredith et impose son admission. Des officiers fédéraux ont pour mission de l’escorter dans l'enceinte de l'université. Mais JFK doit dépêcher des troupes sur l’ensemble du campus (20 000 soldats!), investi par des émeutiers hostiles à l’admission du jeune noir. Le bilan des émeutes s’élève à 2 morts et des centaines de blessés. Meredith persiste et obtient son diplôme en 1963.


Dylan au festival de Newport, en 1963.

Cette même année Dylan, encore adepte des protest-songs, dénonce le refus de permettre l'admission de Meredith et fustige la bêtise des émeutiers dans son Oxford town.

14. Altahualpa Yupanqui:"Ya basta".


Guitariste habile, Yupanqui possède une voix puiissante et profonde.


Quechua par son père, basque par sa mère, Hector Roberto Chavero adopte vite le nom du dernier empereur inca Altahualpa Yupanqui, afin de marquer son attachement aux civilisations indiennes broyées par les conquistadors espagnols. Sa vocation de poète du peuple s'affirme lors de la longue errance qu'il entreprend à 20 ans à travers l'Amérique latine. Il y collecte la poésie chantée des civilisations amérindiennes, qui inspireront ses propres créations. Campesino, Punay, Soy Libre, Ya Basta, La del campo, Duerme Negrito...



"Ya basta" est sans doute le titre le plus célèbre de Yupanqui. Il y dénonce la main mise des Etats-Unis sur l'Amérique latine. Depuis le XIX ème siècle, cette dernière se trouve sous la tutelle des EU [la doctrine Monroe élaborée dès 1823 fait de l’A.L. la chasse gardée des EU]. La guerre froide accentue encore le phénomène. Les EU soutiennent les régimes dictatoriaux qui font barrage au communisme et garantissent les nombreux intérêts économiques américains en A.L. (grandes firmes agroalimentaires : United fruit).

Les victimes de ces régimes autoritaires sont les opposants de gauche, les communistes en particulier, mais aussi les populations indiennes, éternelles laissées pour compte depuis la conquête espagnole.

Assez

Ah! Déjà vient l'aube,
Les coqs sont en train de chanter.
Compère, ils sont en train d'annoncer
Que déjà commence la journée...
Ah... Ah...Ah!

Au va-et-vient de ma charrette
Naquit cette lamentation.
Compère, sois attentif,
Que déjà commence mon quatrain.
Nous n'avons pas de protection...

Ah... Ah...Je travaille pour l'Anglais,
Je travaille comme charretier,
Transpirant pour un sous
Qui me passe entre les mains...
Ah... Ah...Assez! Assez!Assez que le Yankee commande!

Le Yankee vit dans un palace,
Je vis dans une baraque!
Comment est-il possible que
Le Yankee vive mieux que moi?
Assez! Assez!Assez que le Yankee commande!

Qu'est-ce qui arrive avec mes frères
Du Mexique et de Panama?
Leurs parents étaient esclaves,
Leurs enfants ne le seront pas!
Assez! Assez!Assez que le Yankee commande!

Depuis que j'étais petit j'ai appris
A lutter pour cette paix.
Ayant grandi je l'ai répété
Et j'ai fini en prison.

Assez! Assez!
Assez que le Yankee commande!

Qui a gagné la guerre
Dans les montagnes du Vietnam?
Sur sa terre, le guérillero,
Et au cinéma, le Yankee.



Basta Ya¡
Ay! Ya viene la madrugada,
Los gallos están cantando.
Compadre, están anunciando
Que ya empieza la jornada...

Ay... Ay...¡Ay! Al vaivén de mi carreta
Nació esta lamentación.
Compadre, ponga atención
Que ya empieza mi cuarteta.
No tenemos protección...

Ay... Ay...Trabajo para el inglés,
Trabajo de carretero,
Sudando por un dinero
Que en la mano no se ve...
Ay... Ay...¡Basta ya! ¡Basta Ya!¡

Basta ya que el yanqui mande!
El yanqui vive en palacio,
Yo vivo en uno ¡barracón!
¿Cómo es posible que viva
El yanqui mejor que yo?

¡Basta ya! ¡Basta ya!
¡Basta ya que el yanqui mande!
¿Qué pasa con mis hermanosDe Méjico y Panamá?
Sus padres fueron esclavos,
¡Sus hijos no lo serán!

¡Basta ya! ¡Basta ya!
¡Basta ya que el yanqui mande!

Yo de pequeño aprendí
A luchar por esa paz.
De grande lo repetí
Y a la cárcel fui a parar.

¡Basta ya! ¡Basta ya!
¡Basta ya que el yanqui mande!

¿Quién ha ganado la guerra
En los montes del Vietnam?
El guerrillero en su tierra
Y el yanqui en el cinema

Liens:
- Un point sur l'Amérique latine depuis 1945.
- La répression impitoyable dans le cadre du plan Condor.

Chapitre de géo: unité et diversité des sud.

mercredi 16 avril 2008

13. Bob Marley:"Zimbabwe".


La pochette de l'album survival avec 49 drapeaux africains. Cet album constitue une ode à l'Afrique, continent enfin libre vers lequel les noirs du monde entier doivent migrer comme l'avait développé Marcus Garvey, un des maîtres à penser des Rastas.



free music


L'album Survival de Bob Marley et des Wailers sort en 1979. Il s'agit de l'album le plus engagé de Marley. Il y développe sa vision panafricaine et solidaire. Sa chanson Zimbabwe devint rapidement l'hymne des rebelles de Rhodésie du Sud, dernière colonie africaine, aux mains d'une élite blanche dominatrice et très minoritaire (5% de la population) qui se maintient au pouvoir en imposant un régime d'apartheid. Une guerre civile ravage le pays depuis la proclamation unilatérale de l'indépendance de la Rhodésie en 1965 (il s'agissait jusque là d'une colonie britannique). Des négociations se déroulent à Londres entre septembre et décembre 1979 et aboutissent à un accord qui entraîne un cessez-le-feu et des élections que remporte le Front populaire en février 1980. Robert Mugabe, est le premier ministre au moment où l'indépendance est proclamée, le 18 avril 1980.

Les Wailers sont invités à se produire lors de la cérémonie d'indépendance du Zimbabwe les 17 et 18 avril 1980. Le 17 avril 1980, Bob Marley joue devant un parterre de chefs d'Etats africains à Harare, au Rufaro Stadium, à l’occasion des festivités qui marquent l’indépendance. Le lendemain, les Wailers joueront devant une foule de près de 40 000 personnes


Marley lors de son voyage au Zimbabwe.




Chaque homme a le droit de décider de son destin
Et dans son jugement il n'y a pas de partialité
Alors main dans la main avec les armes
Nous ferons cette petite lutte
Parce que c'est le seul moyen
De résoudre notre petit problème

Frère tu as raison, tu as raison
Tu as raison, tu as raison, tu as vraiment raison
Nous allons lutter(nous battre), nous allons lutter
Lyrics4u Nous restons pour lutter, nous allons lutter

Natty Dread est au Zimbabwe
Investissez le Zimbabwe
Détruisez tout au Zimbabwe
Africains libérez le Zimbabwe

Plus de lutte interne pour le pouvoir
Nous nous rassemblons
Pour résoudre le petit problème
Bientôt nous saurons qui est le vrai révolutionnaire
Car je ne veux pas que mon peuple s'y oppose

Frère tu as raison, tu as raison
Tu as raison, tu as raison, tu as vraiment raison
Nous restons pour lutter(nous battre), nous allons lutter
Nous lutterons, nous allons lutter
Nous restons pour lutter, nous allons lutter
Lutter pour nos droits !
Investissez le Zimbabwe
Détruisez tout au Zimbabwe
Africains libérez le Zimbabwe

Nous libérerons le Zimbabwe
Frère tu as raison, tu as raison, tu as vraiment raison
Tu as raison, tu as vraiment raison
Nous allons lutter, nous allons lutter
Nous restons pour lutter, nous allons lutter
Nous lutterons, nous allons lutter
Lutter pour nos droits !

Diviser pour régner ne peut que nous déchirer
Dans la poitrine de chaque homme il y un coeur qui bat
Alors nous saurons qui sont les vrais révolutionnaires
Et je ne veux pas que mon peuple soit piégé par des mercenaires

Frère tu as raison, tu as raison
Tu as raison, tu as raison, tu as vraiment raison
Nous restons pour lutter, nous allons lutter
Nous lutterons, nous allons lutter
Nous restons pour lutter, nous allons lutter
Lutter pour nos droits !

Natty écrase tout au Zimbabwe
Détruisez tout au Zimbabwe
Investissez le Zimbabwe
Africains libérez le Zimbabwe
Africains libérez le Zimbabwe
Natty chante au Zimbabwe
Investissez le Zimbabwe
Africains libérez le Zimbabwe?

Liens:
- "Robert Mugabe, libérateur du Zimbabwe devenu oppresseur" sur Rue 89.
- Le Zimbabwe aujourd'hui.

Chapitre d'histoire: la décolonisation.

dimanche 13 avril 2008

12. Michel Delpech:"Que Marianne était jolie".


La Marianne de Delacroix.

Michel Delpech compose ce titre en 1972. La Marianne à laquelle il fait ici référence est bien sûr l'allégorie de la France républicaine, cette Marianne présente dans de nombreux tableaux arbore le bonnet phrygien, symbole d'affranchissement des esclaves dans la Grèce antique.

Le début de la chanson se réfère aux origines révoluionnaires de la République. La première République fondée le 25 septembre 1792 est fille de la Révolution et elle est parvenue à extraire le pays de la monarchie absolue ("le jardin des fleurs de lys").



Michel Delpech - Que Marianne était jolie par Salut-les-copains

Le dernier couplet évoque "des printemps qui brillaient sous son soleil". Il faut sans doute y voir une référence à l'explosion contestataire de mai 68. Enfin, Delpech conclut en sur la descendance de Marianne. Ses quatre premiers fils sont morts (les quatre premières République) et la cinquième ne semble pas enchanter l'interprète ("Le cinquième à présent qu'elle ne reconnaît plus), déçu par le conservatisme pompidolien (Pompidou est président de 1969 à 1974).



Elle est née dans le Paris 1786
Comme une rose épanouie
Au jardin des fleurs de lys.
Marianne a cinq enfants
Qu'elle élève de son mieux
Marianne a maintenant
Quelques rides au coin des yeux.

{Refrain:}
Dieu ! Mais que Marianne était jolie
Quand elle marchait dans les rues de Paris
En chantant à pleine voix :
"Ça ira ça ira... toute la vie."
Dieu ! Mais que Marianne était jolie
Quand elle embrassait le cœur de Paris
En criant dessus les toits :
"Ça ira ! ça ira ! Toute la vie."

Il n'y a pas si longtemps
Que l'on se battait pour elle
Et j'ai connu des printemps
Qui brillaient sous son soleil.
Marianne a cinq enfants,
Quatre fils qu'elle a perdus
Le cinquième à présent
Qu'elle ne reconnaît plus.

{Refrain}